VACANCES DES MAIRES : SE DÉCONNECTER OU PAS

Les affaires courantes des communes rattrapent les maires en vacances. Jusqu'à quel point ?
 

L'hyper connectivité des Français en général, et des maires en particulier, est un phénomène solidement ancré dans les comportements, périodes de vacances estivales comprises. En juin dernier, une étude menée par l'agence Qapa a pointé un phénomène : en vacances, les Français ont du mal à se déconnecter de leur travail. Sur les 135 000 professionnels interrogés, une majorité de 62 % déclarait ainsi « continuer à répondre à leurs appels ou à leurs emails professionnels pendant leur période de congés ». Une tendance qui touche également les élus.
 

Toujours joignable

Elle ne s'oblige à consulter ses courriels « qu'une fois par jour ». La maire d'Ambert (Puy-de-Dôme, 6 707 habitants), Myriam Fougère, confirme la tendance nationale : « Je ne déconnecte jamais en vacances. Je veux rester joignable en cas de souci. Au retour, je sais qu'il y aura énormément de dossiers à gérer, alors je fais en sorte de fluidifier mon travail même en vacances. » La reprise de ses fonctions à la mairie est en effet plus simple si un suivi, même allégé, a été réalisé.

Le droit à la déconnexion
La loi « Travail » du 8 août 2016 a instauré par son article 55 le droit à la déconnexion des salariés à l'égard des outils numériques pendant leur temps de congés, mais en laissant le soin aux employeurs d'en définir les modalités par la rédaction d'une charte. Ces dispositions s'appliquent aux salariés du secteur privé. Toutefois, certaines collectivités ont également mis en place un dispositif de droit à la déconnexion qui, dans les faits, concerne très rarement les maires…

Comme la majorité des Français – 69 % cette année selon le baromètre IPSOS pour Europ Assistance –, nombre de maires quittent leur commune pendant l'été. En revanche, la durée des vacances des élus est souvent plus courte. Alors que les Français partent en moyenne 15 jours, les maires ont plus de difficultés à abandonner leur commune si longtemps. C'est toujours la même semaine que bloque Myriam Fougère, « celle du 15 août ». La période est moins propice au suivi de dossiers ou à la réception des administrés. Annaïck Huchet, maire de Bangor (Morbihan, 990 habitants), à Belle-Île-en-Mer, prend pour sa part une dizaine de jours de vacances, pas plus : « J'arrive parfois à résoudre certains problèmes à distance. C'est un choix qui me permet une certaine déconnexion. » Quant aux maires de stations balnéaires, ils ne partent en vacances qu'une fois la saison estivale passée. Le flux touristique est trop dense pour s'accorder quelques jours.
 

Pas de réelle déconnexion

En dehors des villes touristiques, les maires des communes qui le sont moins éprouvent une difficulté plus ou moins exacerbée à se déconnecter des affaires courantes. Les deux femmes maires admettent sans doute ne pas être indispensables, mais elles savent aussi que certains dossiers en cours, l'aménagement du centre-bourg par exemple, n'avanceront pas sans leur présence. Et puis, elles doivent surtout demeurer disponibles pour faire face à certaines questions liées notamment à la sécurité de leurs concitoyens. Annaïck Huchet détaille : « Je reste joignable pour les cas d'urgence. Mes adjoints ont la délégation nécessaire pour me remplacer. Mais je reste la personne référente. Je me suis présentée en tant que maire, sachant que c'était un boulot 24 h/24. Donc, s'il faut revenir pendant mes vacances, je le ferais. C'est parfois délicat par rapport à ma vie personnelle, mais le mandat commande! » Même abnégation du côté de Myriam Fougère pour la commune d'Ambert : « Notre ville est une sous-préfecture : nous traitons donc de problématiques centrales pour un territoire de l'ordre de 15 000 habitants en réalité. Je suis également conseillère régionale et, même si les gens comprennent qu'on a besoin de vacances et que mes adjoints font le travail, la voix du maire reste prépondérante pour certaines thématiques », précise-t-elle.

Le remplacement du maire
En vertu de l'article L. 2122-17 du CGCT, le maire, en cas d'absence, est provisoirement remplacé par un adjoint, dans l'ordre des nominations. Il n'est donc pas nécessaire de faire un arrêté de délégation au profit du premier adjoint. En revanche, celui-ci devra faire précéder sa signature sur les documents administratifs de la mention « pour le maire empêché, le 1er adjoint ».
 

Assurer la continuité municipale

Les adjoints disposent des délégations nécessaires pour suppléer le maire en son absence. Myriam Fougère demande toutefois à sa première adjointe d'être davantage présente et plus vigilante que de coutume. Au total, sept adjoints se relaient pour assurer des permanences hebdomadaires. Il n'y a ainsi aucune rupture avec le fonctionnement à l'année et la mairie reste ouverte pendant l'été. Parfois, les fonctionnaires territoriaux ne peuvent pas répondre à certaines sollicitations d'administrés. « Dans ce cas, la réponse apportée par l'adjoint de permanence est souvent plus appropriée et appréciée », souligne la maire d'Ambert. Et si l'adjoint au maire ne peut répondre, la maire est alors sollicitée. Mais « ce n'est pas souvent pendant mes congés ! », apprécie-t-elle.

Aucune des deux élues n'a jamais eu à abréger son séjour estival. À Bangor pourtant, pendant l'été, près de 9 000 personnes effectuent le transit entre le continent et l'île pour rejoindre leur résidence secondaire. Ce qui pourrait laisser penser à une augmentation des risques. Mais non. « Il y a bien eu un cas de décès tragique l'an dernier, mais mon premier adjoint a parfaitement géré la situation ! », se félicite Annaïck Huchet.
 

Pas de prétexte à communication
 

Dans certaines villes, le lieu de villégiature du maire peut soulever la curiosité de la presse ou de certains habitants. Myriam Fougère a pris le parti d'annoncer ses vacances mais sans en préciser la destination. Le regard de la presse reste toutefois bienveillant, selon elle. Tout comme à Bangor : « La presse ne s'occupe aucunement de nos vacances. C'est le cas des journaux nationaux à propos du président ou du premier ministre. Dans les petites communes, ni la presse, ni la population n'ont jamais mis aucune pression à ce niveau », affirme Annaïck Huchet. À la différence de son homologue auvergnate, l'élue bretonne préfère ne pas annoncer son départ en vacances, hormis à son conseil municipal.


Quitter sa commune pour mieux y revenir
Myriam Fougère, la maire d'Ambert, estime qu'il faut « partir pour réellement déconnecter ». Elle a un penchant pour le littoral, mais elle ne précisera pas lequel. Un sentiment partagé par la maire de Bangor, Annaïck Huchet : « Je pars obligatoirement, sinon ce n'est pas des vacances. Être maire m'a fait réaliser cela. Avant, je ne comprenais pas ceux qui quittaient Belle-Île, nous avons un cadre de vie magnifique, c'est un lieu de vacances en soi ! Maintenant, je comprends », glisse-t-elle, amusée. Depuis, la Corse est son lieu de villégiature favori : « Je suis une insulaire, donc je ne me sens bien que sur une île. Je ne pourrais pas aller au Grau-du-Roi, c'est trop sur le continent pour moi ! Mais j'ai tout de même besoin d'un endroit qui vive, où je peux rencontrer des gens. »

Les deux élues ne font pas de leurs vacances un objet de communication. La logique électoraliste, très peu pour elles. La visite d'une ville jumelée, d'un centre de vacances ou la rencontre de personnes âgées séjournant en EHPAD n'est pas une option durant leurs congés. « On le fait déjà pendant l'année ! Ce serait très mal vu si ce n'était pas le cas et que, d'un coup, nous montrions que nous prenons sur nos jours de congé. Je ne fais pas semblant, on ne peut pas être partout non plus », décrit Annaïck Huchet. Malgré le prestige qui s'attache à leur fonction, pendant leurs congés estivaux, les maires veulent rester « des anonymes parmi les anonymes. Nous ne sommes en aucun cas au-dessus des autres, mais même élus, nous avons droit à des vacances !»


Inès Lombardo

 
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Juillet - Août 2019
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