DES CÉRÉMONIES RÉVÉLATRICES DE TENSIONS

La France a une longue tradition commémorative. Ces cérémonies rituelles ne soulèvent en général ni les foules ni les passions. Sauf que la presse locale se fait régulièrement l'écho de discordes dont les élus ont le secret.
 

Une commémoration, c'est toujours la construction d'un discours sur le passé, dicté par l'État, mais traduit en mots et mis en scène dans les territoires par des élus dotés de sensibilités politiques ou humaines.
 

Des commémorations sujettes à des lectures politiques

La lecture singulière, voire l'instrumentalisation, qui peut être faite de ces cérémonies constitue un terrain propice à toutes les polémiques. Chaque sensibilité politique s'appropriera plutôt telle commémoration qu'une autre, celle du 19 mars, marquant la fin de la guerre d'Algérie, étant ainsi davantage honorée par la gauche, alors que celle de l'Appel du 18 juin a été pendant un temps plutôt l'apanage de la droite, présumée héritière du gaullisme.

La solennité qui entoure ces manifestations peut parfois être perturbée par des incidents qui, compte tenu de la charge symbolique et politique qui s'attache à ces commémorations, peuvent s'apparenter à de véritables sacrilèges. L'année dernière, cela a ainsi été le cas à Lourdes (Hautes-Pyrénées, 13 651 habitants) où, peu de temps avant l'hommage rendu à l'homme du 18 juin, une boulette a fait scandale. Lors d'une cérémonie militaire en hommage au maréchal Foch, l'initiative a été prise de bâcher la statue du général de Gaulle qui lui faisait face… De quoi soulever l'émotion du monde combattant. Depuis, préfecture, armée et municipalité se renvoient la balle.

À Tours (Indre-et-Loire, 136 565 habitants), en 2015, c'est à l'occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation qu'un couac est survenu. L'association Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT), souhaitant déposer une gerbe pour rappeler le souvenir des déportés homosexuels, s'est vu empêcher de participer à la commémoration officielle. Une association d'anciens combattants avait posé son veto avec l'étonnant aval de la préfecture. L'association LGBT n'avait pu déposer sa gerbe qu'en catimini, à l'issue de la cérémonie, après les associations mémorielles. Elle est depuis lors invitée officiellement chaque année.

Les mairies, prochaines gardiennes des drapeaux ?
Le 4 avril 2019, le Sénat, constatant la disparition progressive des associations locales d'anciens combattants, a adopté une proposition de loi relative à la protection de leurs drapeaux. ­Véritables emblèmes, ils sont chargés de la mémoire de ceux qui ont combattu et qui sont morts pour la France. Le drapeau, portant les signes distinctifs d'une association d'anciens combattants, est présumé appartenir à cette association. Toutefois, en cas de dissolution de l'association, et à défaut de dispositions statutaires ou de décision de l'assemblée générale, la proposition de loi prévoit que...

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Juin 2019
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