FEMMES ET MAIRES : LEUR PROFIL SOCIOLOGIQUE

Une étude conduite dans le cadre de l'Institut d'études politiques de Lille porte sur l'analyse sociologique et statistique des femmes maires élues en 2014.
 

Seulement 16 % des maires élus lors des dernières élections municipales sont des femmes. C'est mieux que lors du précédent mandat (14 %) mais encore bien loin de la parité. D'après les données du ministère de l'Intérieur, elles sont exactement 5 877 à avoir remporté les suffrages sur les 36 628 maires élus en 2014. Qui sont ces femmes ? Quel est leur profil ? Est-il sociologiquement différent de leurs collègues masculins ? Quel âge ont-elles et de quelle catégorie socioprofessionnelle sont-elles issues ? Quelles sont les communes qu'elles administrent : plutôt de grandes villes, à l'image d'Anne Hidalgo, la maire de la capitale, ou au contraire plutôt de petites communes rurales où les candidats masculins ne se bousculent pas ?
 

Des profils ruraux à l'image du pays

Une première réponse est claire. Si l'on s'intéresse à la répartition géographique des femmes maires élues en 2014, la majorité d'entre elles est élue dans de petites communes rurales. Près de 40 % des femmes élues (soit 2 202 femmes) le sont dans une commune de moins de 250 habitants. En cumulé, ce sont 78 % des femmes maires, soit 4 616 premières magistrates, qui sont élues dans des communes de moins de 1 000 habitants. Ainsi, à l'image du pays, dans trois-quarts des cas, les femmes maires administrent des communes rurales, inférieures au seuil des 1 000 habitants.
Un autre constat émerge de cette étude. Plus les communes sont petites en nombre d'habitants, plus les femmes ont de chances d'être élues. Dans les communes de moins de 250 habitants, elles représentent plus de 18 % des maires, chiffre le plus élevé toutes catégories confondues. L'analyse est sans appel : là où les candidats, majoritairement masculins, sont peu nombreux, les femmes peuvent accéder au poste de maire dans de meilleures proportions. De quoi mettre à mal l'idée reçue selon laquelle la recherche de parité risquerait de se traduire par l'absence de candidatures dans les petites communes. Au contraire, à mesure que les communes s'agrandissent, le taux de femmes maires tend proportionnellement à chuter (voir graphique « Pourcentage des femmes maires selon la taille de la commune »).

 

 
 

Grandes villes : l'arbre qui cache la forêt

Dans les grandes villes, Anne Hidalgo à Paris, Martine Aubry à Lille, Johanna Rolland à Nantes ou Nathalie Appéré à Rennes sont aussi des exceptions. Chiffre inchangé depuis les élections de 2008, seulement 6 des 41 maires administrant des villes de plus de 100 000 habitants sont des femmes. Pourtant, si on est encore loin de la parité, les résultats en termes de représentation féminine dans les grandes villes (14,6 %) sont légèrement meilleurs que dans les villes moyennes où leur taux oscille autour de 12 %. Une fois passée la barre des 100 000 habitants, une légère inflexion à la hausse est effectivement perceptible sans toutefois s'approcher sensiblement de la parité réelle. Sans doute faut-il y voir un effet de la limitation du cumul de mandats qui a incité un certain nombre de députés-maires et de sénateurs-maires à passer la main à leur première adjointe, jusqu'alors femme de l'ombre.

Reste que d'un point de vue global, dans un écart situé entre 11 % et 19 % selon la taille des communes, les femmes sont toujours largement sous représentées dans la fonction mayorale. Et si certaines figures importantes sont symboliquement sous les feux de la rampe, le plafond de verre n'est pas pour autant brisé et la tendance générale de l'ensemble des communes est encore bien éloignée de la parité.

Elles ont ouvert la voie
C'est en 1945 qu'ont été élues en France les trois premières femmes maires : Berthe Grelinger à Rungis (Val-de-Marne, 5 610 habitants), Marie Digoy à Saint-Renan (Finistère, 8 097 habitants) et Célina Roye à Saint-Omer (Pas-de-Calais, 14 443 habitants).



Des femmes relativement plus jeunes

En ce qui concerne la structure des âges, une donnée mise au jour est particulièrement intéressante. Au lendemain de leur élection, les femmes élues maires en France étaient âgées en moyenne de 57 ans et 4 mois, avec une date de naissance fixée autour de 1956-1957. En ce sens, les femmes maires sont beaucoup plus jeunes que leurs pairs masculins, lesquels étaient âgés en moyenne de 60 ans et 3 mois le jour de leur élection, soit un différentiel de presque trois ans (voir graphique « L'âge des maires »). Le pourcentage de retraitées chez les femmes maires s'inscrit dans cette même lignée. Il confirme la jeunesse relative des femmes élues au poste de premier édile : 33,8 % des femmes élues maires sont des retraitées (soit 1 989). Un taux qui n'est pas négligeable, mais qui demeure nettement inférieur à celui des hommes maires, lesquels sont retraités pour une plus grande part d'entre eux (44,2 %).

Reste que, si les femmes sont généralement élues plus jeunes que leurs pairs masculins, ces données contrastent toutefois avec la moyenne d'âge des Français à la même époque. Selon l'INSEE, elle était de 40,8 ans sur l'ensemble du territoire. Certes, les mineurs ne peuvent pas se présenter à un scrutin, mais on constate toutefois un décalage significatif de près de 20 ans entre la population française et ses maires. Après les législations en faveur de la parité, faudra-t-il envisager à l'avenir des incitations pour favoriser la présence d'un plus grand nombre de jeunes sur les listes municipales ? En tout cas, le top 5 des prénoms des femmes maires est représentatif de l'aspect générationnel de la fonction. Ce sont, dans l'ordre, les Martine, Françoise, Catherine, Isabelle et Christine qui se distinguent.
 


Profession : employée du privé

Au niveau professionnel, l'étude met en relief une donnée sociologique qui peut paraître surprenante : c'est la profession d'employée du secteur privé qui est la plus représentée parmi les femmes maires en France. 641 d'entre elles, soit plus de 10 % des maires élues, occupent cette profession. La composition socioprofessionnelle des femmes maires est de ce point de vue complètement différente des hommes (voir graphique « Profession des femmes maires »). Chez les hommes, les employés du secteur privé n'arrivent en effet qu'en 12e position. Et ce sont au contraire les agriculteurs, les retraités puis les cadres qui sont largement en tête. Les femmes maires se caractérisent aussi par une part importante de femmes « sans profession déclarée » (8,7 %, 4e position). Or, cette catégorie regroupe notamment les femmes au foyer, qui, à l'instar des retraités chez les hommes, bénéficient peut-être d'une disponibilité suffisante pour s'occuper des affaires municipales. Les fonctionnaires sont également sur le podium des femmes maires, ce qui contraste avec les hommes où ils sont absents du top 10.

Au total, administrant majoritairement des communes rurales de moins de 250 habitants, les femmes maires se caractérisent par un profil sociologique différent de leurs homologues masculins. Mais la parité dans la fonction est encore loin d'être acquise, témoignant des difficultés persistantes pour les femmes à accéder pleinement à l'espace public. Au-delà de la parité, la diversification de leurs profils constituera également un enjeu important à l'horizon 2020. 


Et dans les autres collectivités locales ?
Alors que 40,3 % des conseillers municipaux sont des femmes, très peu d'entre elles accèdent à la fonction de maire. Ces données, pourtant en légère amélioration à chaque renouvellement municipal, s'inscrivent dans une dynamique de fond touchant toutes les collectivités territoriales. Selon le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, 84 % des collectivités locales sont présidées par un homme. Sur les 13 régions métropolitaines, seulement 3 sont présidées par une femme et aucune en outre-mer. Dans les conseils départementaux, on dénombre 10 présidentes sur les 101 départements du pays. Les lois sur la parité ont permis des améliorations au sein des assemblées mais les plus hautes fonctions politiques, y compris celle de maire, ne sont pas encore concernées par ces avancées.



Tim Laurence
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Mars 2019
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