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DÉVELOPPER UNE CULTURE NUMÉRIQUE

Les outils numériques sont vecteurs de nouvelles opportunités pour les citoyens, les territoires et les administrations. Mais leur usage reste loin d'être maîtrisé par tous en zones rurales.


Une récente étude du CRÉDOC [1] montre que la révolution numérique est bien en marche, avec 66 % des Français qui contactent désormais les services publics via internet. Mais ce chiffre global masque d'importantes disparités entre territoires. Si les personnes résidant en zones rurales sont presque aussi bien équipées en accès internet à domicile (84%) que la moyenne nationale (85%), la moitié d'entre elles n'a pas recours aux démarches administratives en ligne, quand 67% des habitants de l'agglomération parisienne les utilisent. Les ruraux sont aussi ceux qui déclarent le plus se sentir incompétents pour utiliser un ordinateur (55 %). Autre révélateur d'une moindre maîtrise du numérique à la campagne, les habitants des zones rurales souhaitent davantage un accompagnement humain pour effectuer leurs démarches sur internet. Un paradoxe, puisque l'un des objectifs du développement des outils numériques est au contraire de réduire la fracture rurale grâce à des services dématérialisés.
 

Un accès aux réseaux qui reste un enjeu

En abolissant les contraintes de temps et de lieu, le numérique porte en lui la promesse de services publics à la portée de tous. Mais le manque d'infrastructures permettant un accès à internet de qualité demeure un élément qui pénalise le monde rural en matière d'usage du numérique. Lancé par l'État en 2013, le Plan très haut débit a pour ambition de couvrir 100 % du territoire en 2022. Même s'il a permis de donner accès au très haut débit à 50 % du territoire national fin 2016, il n'en demeure pas moins que de très nombreuses communes ne disposent pas d'une connexion internet satisfaisante. Pour Xavier de Mazenod, conseiller municipal de Boitron (Orne, 338 habitants), le manque de débit entrave l'économie des territoires et interdit d'envisager des usages qui auraient pourtant tout leur sens en milieu rural, tels que le maintien à domicile ou la télémédecine vétérinaire. « Les infrastructures de communication sont un champ difficile à appréhender pour les élus locaux, en raison de la complexité des solutions techniques, mais aussi d'une multitude d'intervenants : État, collectivités, opérateurs, agence de régulation… » Faute de savoir quand le haut débit sera disponible à Boitron, les acteurs locaux recherchent des solutions alternatives: liaison hertzienne subventionnée un temps par la région, et à présent projet de «pont wifi» avec une commune voisine reliée à la fibre.
 

Un besoin de médiation toujours fort

Mais Xavier de Mazenod ajoute avec conviction: « Au-delà des questions de débit, le développement d'une culture numérique est également nécessaire pour faire progresser les usages. » Pour répondre à ce besoin, de nombreuses structures existent à travers le territoire. Nommées espace public numérique, cyberbase, pôle multimédia ou encore tiers lieu numérique, toutes proposent des temps de libre accès et différentes initiations ou activités liées au numérique, couramment regroupées sous le terme « médiation numérique ». À Boitron, l'association L'Écloserie numérique se distingue en proposant également un programme en direction des entreprises locales qui peuvent ainsi progresser en matière de sécurité informatique, de réseaux sociaux ou encore de gestion d'un site web. Des séances en lien avec la Chambre d'agriculture sont également
en projet pour aider les agriculteurs à gérer leurs dossiers de subventions en ligne.

À la commune nouvelle de Chemillé-en-Anjou, (Maine-et-Loire, 21 237 habitants), c'est le centre social associatif qui porte la médiation numérique depuis 1998. « Ici l'accent est mis sur la dimension citoyenne que doit revêtir le numérique, dans ses usages, ses contenus, les logiciels choisis. C'est aussi une véritable ouverture sur la culture », expliquent Brigite Lebert, adjointe au maire, et Yvan Godreau, animateur multimédia.
 

Trouver des ressources

Mettre en place des lieux de médiation ne nécessite pas toujours des moyens très importants. Au-delà de la sollicitation de subventions (État, régions, départements, mais aussi entreprises peuvent financer des projets), il est souvent essentiel de trouver des partenaires. L'échelle intercommunale permet de mutualiser les coûts et n'interdit pas la proximité si le service est conçu pour être (en partie) mobile. Le partenariat avec le monde associatif est également largement plébiscité. Boitron fait ainsi bénéficier sa population des services de L'Écloserie numérique en contrepartie de locaux mis à disposition. Mais la forme associative a aussi d'autres vertus : un transfert facilité de compétences entre habitants et le développement du lien social. À Chemillé-en-Anjou, il est d'ailleurs constaté que « le numérique est un excellent moyen de connecter les gens dans le monde réel ».

Le numérique comme levier de développement
Il est peu commun qu'un village rural de 800 habitants axe fortement son développement sur le numérique. C'est pourtant ce qu'est en train de réaliser avec succès Arvieu (Aveyron, 787 habitants). Pour inverser la tendance au déclin de la population, les élus mettent en oeuvre un ambitieux programme visant à renforcer l'attractivité du territoire. Au menu, une large contribution des habitants à la vie locale, qui permet de décupler les moyens d'action de la commune, mais aussi une bonne dose de numérique. Les outils informatiques permettent une organisation souple et efficace de la vie municipale et locale. Côté développement économique, la commune mise à la fois sur l'agriculture et sur les emplois créatifs, intellectuels qui nécessitent seulement un équipement numérique. Le concept de « co-working » a ici été adapté avec la création d'une zone d'activité numérique (ZAN) en partie financée par l'intercommunalité au titre de la compétence économique. Concrètement, il s'agit d'espaces de travail aménagés dans un ancien couvent : bureaux, espaces pour les indépendants et les télétravailleurs, salles de réunion. Les résultats sont au rendez-vous puisqu'en seulement deux ans Arvieu compte 10 nouveaux emplois et 8 nouvelles familles.

Jean-Yves Martinet
1. CRÉDOC, « E-administration : la double peine des
personnes en difficulté », avril 2017.
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Juillet - Août 2017
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