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POURQUOI LES MAIRES S’APPELLENT-ILS « MICHEL » ?

La réponse est donnée dans une analyse sociologique inédite conduite au sein de l'Institut d'études politiques de Lille.


Les maires français s'appellent « Michel ». Ce prénom est en effet majoritaire, selon une étude sociologique portant sur les 36628 maires de France élus en 2014. Ils sont exactement 1509 « Michel » à être devenus maires, soit près d'un sur vingt. Cette victoire des Michel traduit-elle un effet générationnel ou de classe sociale? Quel est le profil type des premiers édiles de nos communes ?

Une première réponse est claire : les maires élus en 2014 sont majoritairement des hommes nés au milieu des années 1950 et aujourd'hui retraités ou agriculteurs propriétaires exploitants. Et, de façon plus originale, ce sont donc les « Michel » qui arrivent en tête des prénoms des maires élus, d'après les données du ministère de l'Intérieur sur la base datagouv.fr. Comment l'expliquer ?
 

Une surreprésentation de retraités

Statistiquement, le prénom Michel est révélateur d'un puissant effet générationnel qui se retrouve dans la composition sociologique nationale des maires. La moyenne d'âge des 1509 maires prénommés « Michel » était de près de 63 ans, le jour de leur élection, en mars 2014. Ils sont nés en moyenne en novembre 1951, une date assez proche de celle de la moyenne des maires français: 1954. Le prénom « Michel » s'inscrit donc dans cette même dynamique d'élus nés au milieu des années 1950. Se prénommer « Michel » est, par conséquent, le reflet aujourd'hui d'une génération majoritairement cinquantenaire, sexagénaire ou septuagénaire. Le sociologue Baptiste Coulmont, chercheur associé au CNRS à l'université Paris VIII, auteur de l'ouvrage Sociologie des prénoms [1], l'explique ainsi: « Les maires s'appellent “Michel” parce que “Michel” fut un des prénoms les plus donnés aux bébés garçons : il est dans le “top 10” de 1928 à 1962 ! »

Le choix du prénom « Michel » traduit incontestablement l'âge relativement avancé des maires dans notre pays, comparative-ment à la moyenne d'âge de l'ensemble de la population française (40 ans en 2014). L'argument est imparable : sur l'ensemble des maires, les « Michel » sont majoritairement retraités. 903 d'entre eux, soit 59,8 %, ne sont plus en activité. 88 % des maires prénommés « Michel » sont nés avant 1960 [voir graphique n° 1]. Cette surreprésentation des retraités n'en est pas moins logique, la fonction de maire rimant avant tout avec disponibilité.


Beaucoup d'hommes et peu de femmes

Au-delà de l'aspect générationnel, un autre constat se fait jour dans cette étude : les maires s'appellent « Michel » car les premiers magistrats élus en 2014 sont principalement du genre masculin. Une lapalissade certes, mais qui se traduit concrètement par une statistique criante : 83,9 % des 36 628 maires de France sont des hommes. Moins de 2 maires sur 10 portent des prénoms féminins. Mathématiquement, les prénoms masculins comme «Michel » sont ainsi surreprésentés dans toutes les mairies. Les premiers prénoms féminins de maires (Martine, Françoise, Catherine, Isabelle et Christine) sont alors relégués loin au classement. Le premier prénom féminin, « Martine », se classe seulement au 59e rang des prénoms les plus portés par les maires. Si l'on compare les premiers prénoms masculins et féminins, il y a ainsi 10 fois plus de « Michel » que de « Martine » parmi les maires.
 

Une forte homogénéité nationale

Concernant sa répartition géographique, une majorité de départements français voit le prénom « Michel » triompher au classement de leurs maires. Les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Cantal, la Charente, la Nièvre, le Nord, la Saône-et-Loire, la Sarthe, la Vendée, les Vosges, l'Yonne… placent les « Michel » en tête dans les mairies. Du nord au sud, d'est en ouest, les « Michel » sont partout. Il y a quand même quelques nuances : les « Alain » se hissent en haut du tableau dans l'Hérault et la Loire-Atlantique, tandis que les « Pierre » dominent les classements dans le Rhône et que les « Bernard » sont privilégiés dans le Var et le Finistère. En tout cas, la première place nationale est trustée par les « Michel » dont la présence homogène sur tout le territoire est à souligner. Se prénommer « Michel » semblait donc être la voie royale pour être élu premier magistrat d'une commune en 2014, et ce, quelle que soit la région d'origine.
 

Un reflet démographique des petites villes

L'analyse de la composition démographique des communes ayant pour maire un « Michel » soulève une autre information intéressante: ces édiles sont, pour la plupart, issus de petites villes. 94% des maires dirigent des communes de moins de 5000 habitants, et les « Michel » ne dérogent pas à cette règle. Parfait miroir sociologique des maires dans leur ensemble, le prénom « Michel » impulse néanmoins sa propre dynamique : un profil davantage rural et la direction d'une taille spécifique de commune. La moyenne du nombre d'habitants des communes administrées par des « Michel » est, en effet, de 1472 habitants, soit légèrement moins que la moyenne nationale (1784 habitants).



Michel, prénom d'un milieu social prédéfini ?

Peut-on parler de biais social du prénom? La fonction de maire semble peu discriminante socialement, beaucoup moins que d'autres mandats politiques à l'échelle nationale comme les députés ou sénateurs. Au regard de la composition sociale des maires, il est très difficile de pouvoir affirmer que le prénom « Michel » est le fruit d'une stratification sociale. Le sociologue Baptiste Coulmont est à cet égard affirmatif sur le profil des élus municipaux en général: « Il y a plusieurs centaines de milliers de candidats [et donc] relativement peu de sélection sociale. » De nombreuses professions sont représentées chez les maires prénommés « Michel » : on constate une majorité de retraités (59 %) dont 16,7 % de retraités salariés du privé. Suivent les agriculteurs propriétaires exploitants (11,8 %), puis une myriade de professions allant de l'enseignement aux chefs d'entreprise, ce qui traduit la diversité des métiers, passés ou présents, exercés par les maires. Sociologiquement, les maires s'appellent donc « Michel » de par la conjugaison de multiples facteurs liés à l'âge, la génération, le genre, la répartition géographique, la taille des communes. La classe sociale n'apparaît pas au final comme un critère important.

Mais reste enfin une autre question en suspens : les « Michel » élus sont-ils de bons maires ? Seuls les électeurs de chaque commune concernée pourront y répondre dans deux ans !

Les « Michel » supplantés par les « Philippe » aux prochaines élections municipales ?
En vue des prochaines élections municipales de 2020, faudra-t-il s'appeler à nouveau « Michel » pour avoir plus de chances d'être élu ? Rien n'est moins sûr. Même s'il ne fait aucun doute que « Michel » restera dans les 10 prénoms les plus courants, la concurrence s'annonce rude avec les « Philippe ». Ces derniers se présentent comme de nouveaux prétendants sérieux à la première place. Quatrièmes au classement sur la période 2014-2020, il y a fort à parier pour une progression des « Philippe » dans les prochaines années. Le phénomène a déjà gagné les députés. Les « Michel », en première place des parlementaires entre 2002 et 2007, ont vu leur suprématie s'éroder au profit des « Philippe », en tête depuis 2012. Idem d'ailleurs pour les ambassadeurs de France en poste en mars 2018 où le prénom « Philippe » rafle la mise. S'il est possible que les « Michel » soient à nouveau bien représentés en 2020, s'appeler « Philippe » pourrait bien porter chance aux futurs candidats…

Tim Laurence
[1] Éditions La Découverte, Paris, 2014.
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Juin 2018
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