Editorial
EAU ET BOUE
Les pluies cévenoles, mini-mousson bien connue des climatologues, ont une nouvelle fois jeté le Vidourle hors de son lit et endeuillé le Gard : villages sous leau, exploitations viticoles ravagées, trop nombreuses victimes
Aussitôt, les élus de toute la France ont témoigné de leur solidarité à leurs collègues sinistrés. Et les plus beaux gestes sont venus des villages de la Somme qui vécurent lhiver dernier les pieds dans leau.
On voudrait que lhistoire sarrête ici. Mais les flots étaient encore étales que déjà enflaient les polémiques : qui donc avait bien pu autoriser les constructions en des zones aussi dangereuses ?
Peu importe que les villages inondés soient là depuis des siècles : il fallait des coupables. Et tout de suite !
Cette catastrophe nest pourtant pas la première au monde. Un minimum de connaissances historiques conduit même à en relativiser les responsabilités humaines. Ne sommes-nous pas aux prises avec les éléments naturels depuis la nuit des temps ? Florence, Venise, Dresde, Prague
toutes les plus belles villes dEurope ne sont-elles pas construites en zones inondables
et régulièrement inondées ? Sans oublier Paris et lAssemblée nationale où, depuis que la photo ci-dessus a été prise (1910), plusieurs étages de salles de conférences et de locaux techniques ont été construits en sous-sol.
Certes, il est possible de réduire les risques, par exemple en construisant des barrages, en aménageant des zones dexpansion des crues, en entretenant les cours deau. Ce sont dailleurs des projets pour lesquels se battent les maires. Des projets qui se heurtent (généralement) au manque dargent * et (systématiquement) aux défenseurs de la « nature sauvage ». Les élus du bassin de la Loire peuvent en témoigner. Tout comme ce maire du Languedoc, condamné pour avoir fait nettoyer une rivière encombrée darbres
Qui la rappelé ?
* Le maire de Nîmes a calculé quau rythme actuel des financements quon lui octroie, il lui faudra 50 ans pour mettre sa ville à labri des pluies cévenoles