Editorial
Principes et réalité
Une élection réserve toujours des surprises. La présidentielle vient de le confirmer avec éclat, permettant à Jacques Chirac dêtre réélu avec un score quaucun sondeur ne lui prédisait un mois plus tôt.
Désormais, la France est engagée dans une autre campagne électorale qui devrait donner naissance, au soir du 16 juin, à une majorité de députés chargée de soutenir un gouvernement qui devra tenter de résoudre rapidement les problèmes qui furent au cur des débats.
Au-delà des choix politiques et économiques proposés aux électeurs, la présidentielle aura fait apparaître une crise profonde de la démocratie. Plus que linsécurité ou le chômage, elle est peut-être le principal des maux dont souffre le pays.
Chacun saccorde à dire que la République repose sur la citoyenneté. Or trop peu de Français sont impliqués aujourdhui dans la vie politique. Combien sont-ils à adhérer à un parti ou à un mouvement ? Et à y militer ? 200 000 ? Les spécialistes saccordent à dire que ceux-ci rassemblent à peine 0,5 % des électeurs. Un citoyen sur deux cents.
Illustration de cette situation, dans de très grandes villes, au second tour de la présidentielle, les maires ont manqué dassesseurs pour assurer le fonctionnement des bureaux de vote, et ils ont dû faire appel au personnel communal.
Certes, les principes fondateurs de la République sont sortis vainqueurs du scrutin. Mais peut-on imaginer quils triomphent durablement si la vie politique réelle ne repose pas sur une base plus large ?
Jean Bourdelle
Jean Bourdelle