Editorial
Chausse-trapes
« Etrange silence », commentaient Les Echos au lendemain de la présentation, par Jean-Pierre Raffarin, le 28 février, à Rouen, du contenu de lacte II de la décentralisation (1).
Etrange silence, en effet. Peu délus se sont exprimés sur les mesures annoncées, qui concerneront pourtant, à ter-me, 150 000 agents de lEtat qui vont passer sous tutelle territoriale et plus de 15 milliards deuros de crédits annuels qui vont quitter Bercy pour les hôtels des régions et des départements.
Chacun attend-il den savoir plus pour sexprimer ? « Tous ont bien conscience que la décentralisation est un sujet compliqué qui nintéresse guère les Français, ajoutait encore le quotidien économique. Du coup, ce qui devait être la réforme-phare de Jean-Pierre Raffarin a tendance à ressembler à un dossier technique, plein de chausse-trapes. »
Chausse-trapes ? Le mot sapplique parfaitement, par exemple, à la possibilité de moduler une partie de la TIPP (2), qui serait offerte aux régions. Celui qui garde en mémoire le souvenir de la vignette de la Marne voit bien quel usage pervers pourrait être fait de cette disposition.
Chausse-trapes ? Le transfert des routes nationales aux départements ressemble fort au transfert des collèges et des lycées aux conseils généraux et régionaux, en dautres temps, avec les conséquences financières qui en découlèrent pour les contribuables locaux
Chausse-trapes ? La compétence RMI (confiée aux départements) et la compétence formation professionnelle (confiée aux régions) peuvent savérer aussi lourdes de dérapages budgétaires que lAPA.
Concrètement, le risque de voir les zones défavorisées senfoncer dans leurs difficultés, alors que les zones riches deviendraient dautant plus attractives, est bien réel.
Les mécanismes de péréquation renforcée, promis par le Premier ministre, seront-ils assez forts pour annihiler les tendances négatives de la décentralisation ? Il faut attendre de connaître le détail précis des mesures fiscales daccompagnement pour répondre. Cest à ce moment-là seulement que le silence pourra être utilement rompu.